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Vos 7 KPI anti-gaspillage : lire un dashboard comme un pro

1) Kg / service

Ce que c’est. Le poids total des biodéchets générés par service (petit-déj, midi, soir…).

Pourquoi c’est clé. C’est l’altimètre du suivi biodéchets : il vous dit se concentre la perte. On ne lutte pas pareil contre 18 kg perdus au déjeuner que 5 kg au dîner.

Comment le lire.

  • Comparez les services entre eux : quelles plages horaires « gonflent » régulièrement ?
  • Isolez les jours atypiques (fête, grève, météo, menu spécial) pour ne pas polluer l’analyse.
  • Placez le kg/service face aux menus servis : un service « riche en garnitures » crée souvent plus de pertes que « plat + pain ».

Décision type. Si le midi surpasse systématiquement le soir : ajustez les quantités produites et les tailles de bacs sur cette plage.

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2) Kg / convive (ou g / assiette)

Ce que c’est. Le ratio par couvert : kg jetés / nombre de convives (ou grammes par assiette).

Pourquoi c’est clé. Il normalise le volume : 30 kg pour 600 couverts (50 g/assiette) n’ont pas du tout la même signification que 30 kg pour 200 couverts (150 g/assiette).

Comment le lire.

  • Suivez la tendance 4 semaines (voir KPI n°5) : cherchez une baisse continue.
  • Rattachez les pics à des familles d’aliments (pain, féculents, desserts).
  • Fixez une cible réaliste selon votre contexte (restauration collective, entreprise, santé, scolaire). L’important n’est pas de copier un chiffre universel, mais de baisser votre base.

Décision type. 120 g/assiette les mercredis ? Testez portion-pilote à –10 % sur le féculent + pain à la demande.

3) Pics récurrents (jour/plat)

Ce que c’est. Les répétitions de pics par jour de semaine, type de plat, site, ou chef de partie.

Pourquoi c’est clé. Ce sont vos fuites régulières. Tant qu’elles ne sont pas traitées, elles reconduisent la perte mois après mois.

Comment le lire.

  • Utilisez une heatmap (carte de chaleur) : elle fait ressortir les « mercredis patate » ou « vendredis dessert ».
  • Associez le pic à la fiche recette : grammage théorique vs portions réellement servies.
  • Croisez avec la météo ou les événements (cantine vide le vendredi de pont ?).

Décision type. Réviser la fiche de production (–10 à –15 %), prévoir un plat alternatif ou recycler en D+1 (salade composée, soupe, chapelure, etc.).

4) Taux de tri (qualité de flux)

Ce que c’est. La part des biodéchets correctement triés (sans plastiques, emballages, serviettes) dans le bac.

Pourquoi c’est clé. Un bon taux de tri = valorisation possible + conformité AGEC + moins d’odeurs + moins de rework pour les équipes.

Comment le lire.

  • Suivez un taux de refus simple (ex. % d’impuretés détectées à l’œil + contrôles ponctuels).
  • Reliez les dégradations à des faits : nouveaux saisonniers, changement de place d’un bac, affichages usés.
  • Scorez par poste (plonge, self, préparation) pour cibler la formation.

Décision type. Si la plonge déclasse le tri, revoyez l’emplacement des bacs, l’étiquetage et faites un brief de 5 minutes avec photo des erreurs fréquentes.

5) Tendance 4 semaines (moyenne glissante)

Ce que c’est. Une moyenne glissante sur 4 semaines de vos principaux KPI (kg/service, g/assiette, taux de tri).

Pourquoi c’est clé. Elle lisse le bruit (menus, vacances, météo) et révèle l’effet réel de vos actions. C’est la ligne qui dit si vous progresser durablement.

Comment le lire.

  • Visez une trajectoire : –5 à –15 % en 8–12 semaines sur g/assiette est un bon ordre de grandeur dans beaucoup d’établissements.
  • Ne changez qu’un levier à la fois (portion, pain, dessert), sinon vous ne saurez pas ce qui a fonctionné.

Décision type. Si la pente s’aplatit, passez d’un levier « portion » à un levier « production » (quantités totales).

temps biodéchets- compost

6) € perdus (conversion CAP)

Ce que c’est. La traduction en euros de vos kg gaspillés : kg jetés × € matière/kg.

Pourquoi c’est clé. Vous parlez enfin le langage du financier. Votre KPI devient un poste d’économies.

Comment le lire.

  • Fixez un € matière/kg propre à votre carte (ex. 2,80–3,80 € pour un mix cuisine collective ; adaptez).
  • Suivez le € perdu par service et par famille d’aliments : pain, féculents, protéines, desserts.
  • Affichez le cumul mensuel en € et la projection annuelle si rien ne change.

Décision type. « –12 % g/assiette = –410 €/mois » est un message qui déclenche des arbitrages (formation, affichage, ajustement fiches).

7) Taux de valorisation & sorties évitées

Ce que c’est. La part du flux réellement valorisée (sur site, compost, reprise) et les collectes/bacs évités.

Pourquoi c’est clé. Vous reliez suivi biodéchets et logistique : moins de sorties = temps gagné, camions en moins, image RSE renforcée.

Comment le lire.

  • Convertissez vos kg valorisés en sorties évitées (nombre de bacs / passages en moins).
  • Affichez une économie logistique estimée (€/passage évité) + les co-bénéfices (nuisances, CO₂ transport).
  • Séparez réduction à la source (g/assiette) et valorisation : les deux additionnent le ROI.

Décision type. Si les kg baissent mais que les passages camions n’ont pas changé, renégociez la fréquence de collecte.

La routine « 15 minutes par semaine »

Lundi matin. Ouvrez le dashboard cuisine sur 4 graphes :

  1. Kg/service de la semaine passée,
  2. g/assiette (par jour),
  3. taux de tri,
  4. tendance 4 semaines.

 

Lecture express.

  • Quel service a « craqué » ? (1 minute)
  • Quel aliment a drivé la hausse ? (2 minutes)
  • Le taux de tri est-il stable ? (2 minutes)
  • La tendance glissante confirme-t-elle la baisse ? (2 minutes)

 

Décision. Choisissez un seul levier pour la semaine (portion, production, pain, dessert, emplacement bacs). Affichez sur le panneau cuisine un seul chiffre : « Hier : 96 g/assiette (objectif 90 g) ». Faites un point de 5 minutes le vendredi.

Pièges à éviter (et comment les contourner)

  • Données incomplètes : une pesée oubliée fausse la semaine. Mettez une alerte quand un service n’a pas été pesé.
  • Comparaisons bancales : comparez des périodes équivalentes (semaine A vs semaine A-4).
  • Trop de KPI : limitez-vous à ces 7, puis déclinez au besoin par site/atelier.
  • Sanctionner au lieu d’expliquer : un KPI est un outil d’apprentissage, pas un bâton. Célébrez les baisses visibles.

Cibles « starters » à personnaliser

  • g/assiette : définir une ligne de base sur 3–4 semaines, viser –10 % en 90 jours.
  • taux de tri : > 95 % de conformité visuelle continue.
  • sorties évitées : –1 collecte toutes les 2 à 4 semaines dès que le volume le permet.
  • € perdus : baisse mensuelle mesurée (cumul) et projection annuelle communiquée à la direction.

 

Ces cibles ne sont pas des normes universelles : votre réalité prime. L’essentiel est la baisse régulière et documentée.

Passer du suivi à l’action (plan 30-60-90)

  • 30 jours : fiabiliser la pesée (rituel poste déchets), afficher g/assiette quotidien, former au tri.
  • 60 jours : traiter 2 pics récurrents (portion + pain), activer un recyclage intelligent (soupe/stale bread).
  • 90 jours : renégocier la collecte, présenter à la direction un mini-bilan : g/assiette ↓, € perdus ↓, tri ↑, sorties évitées ↑.

En résumé

Un dashboard anti-gaspillage utile tient en 7 KPI : kg/service, g/assiette, pics récurrents, taux de tri, tendance 4 semaines, € perdus, taux de valorisation & sorties évitées. Lisez-les dans cet ordre, prenez une décision par semaine, et racontez la baisse – en kg, en €, et en collectes évitées. C’est ainsi que le suivi biodéchets devient un levier d’économies… et une histoire RSE crédible.