Compostu

Composter localement vs allonger les tournées : le bilan CO₂ & coûts d’une petite ville

Le dilemme des petites villes

Depuis l’extension du tri à la source, deux voies se dessinent :

  • Allonger les tournées : mettre en place un bac brun, collecter chaque semaine et transporter vers une unité de traitement (compostage/méthanisation).
  • Composter de proximité : créer un réseau de sites de quartier (et d’équipements publics) pour valoriser localement la fraction fermentescible.

 

La bonne décision n’est pas idéologique. Elle dépend des kilomètres, des tonnes captées et de l’organisation locale. Voici une méthode simple pour décider.

Hypothèses transparentes (cas “petite ville”)

Objectif : donner un ordre de grandeur que vous pouvez adapter en 10 minutes avec vos chiffres.

  • Population : 15 000 habitants (≈ 6 000 foyers).
  • Gisement triable (cuisine) : 60 kg/hab/an (ordre de grandeur courant).
  • Taux de participation initial : 60 % la 1ʳᵉ année (montant avec l’animation).
  • Tonnes captées : 15 000 × 60 × 60 % = 540 t/an.
  • Distance de l’exutoire (site de traitement externe) : 35 km (aller simple).
  • Facteur CO₂ “camion benne” (ordre de grandeur) : ~1,8–2,0 kg CO₂/km (diesel, arrêts fréquents).
  • Facteur CO₂ “petit utilitaire” (tournées d’animation/collecte locale ponctuelle) : ~0,2–0,25 kg CO₂/km.

 

Ces valeurs sont des moyennes de travail pour décider. Remplacez-les par vos distances réelles et vos consommations si vous les avez.

Scénario A – Collecte + allongement des tournées

Coûts (ordre de grandeur)
  • Collecte + traitement : ≈ 180 €/t (ramassage, logistique, frais d’exutoire).

    → 540 t × 180 € = 97 200 €/an.

  • Parc de bacs bruns (achat + distribution) : ≈ 60 €/foyer, amortis sur 7 ans.

    → 6 000 × 60 € = 360 000 €~51 000 €/an.

  • Communication / matériels (autocollants, calendriers, SAV) : ~10 000 €/an.

Total annuel A (collecte) : ≈ 158–165 k€/an (selon marchés et captures).

 
CO₂ transport (ordre de grandeur)
  • Allers-retours vers l’exutoire : 35 km × 2 = 70 km par tournée.
  • Tournées hebdo : 50 semaines → 3 500 km/an pour le seul “trajet exutoire”.
  • Kilomètres de collecte en ville (arrêts/relances) : ≈ 200 km/sem10 000 km/an.
  • Total km : ~13 500 km/an.
  • Émissions : 13 500 × 1,9 kg = ~25–27 t CO₂/an (ordre de grandeur).

 

À noter : ces kilomètres peuvent varier fortement selon la densité, le maillage, les doublons de tournées, etc.

Scénario B – Compostage de proximité

Organisation type
  • Réseau : 50 sites de quartier/équipements (écoles, gymnases, résidences) 2 × composteurs 1 000 L + abri + signalétique.
  • Capex moyen/site : ~2 000 €100 000 € (amortis 8 ans → 12 500 €/an).
  • Animation & maintenance : 0,6–1 ETP (formation, brassages, tournées légères, audits) ~40–60 k€/an selon statut.
  • Outillage, consommables, structurant : ~8–12 k€/an.
  • Communication, ateliers, suivi : ~5–8 k€/an.

Total annuel B (proximité) : ~66–92 k€/an (médiane ~75–80 k€).

 
CO₂ transport
  • Tournées d’animation (utilitaire léger) : ~2 500–4 000 km/an.
  • Émissions : 3 000 km × 0,22 kg = ~0,7 t CO₂/an (ordre de grandeur).
  • Transport vers exutoire : quasi nul (valorisation sur site).

 

Bonus : usage local du compost (espaces verts, écoles, jardins partagés), réduction des achats de terreau et inertie sociale positive (ateliers, pédagogie).

Comparatif synthèse (année 1)

Poste Collecte (A) Proximité (B)
Tonnes captées 540 t/an 540 t/an
Coût de fonctionnement ~ 158–165 k€ ~ 75–80 k€
CO₂ transport ~ 25–27 t/an ~ 0,5–1 t/an
Investissements Bacs (360 k€, amortis 7 ans) Sites (100 k€, amortis 8 ans)
Effets induits Dépendance aux tournées Compost local, lien social
Sensibilité Kilométrage, marchés exutoires Qualité animation, discipline de site

Message clé : dans ce cas de petite ville, le compostage de proximité présente un avantage coût d’~80 k€/an ET un bilan CO₂ transport30 à 50× plus bas.

Sensibilités (à vérifier chez vous)

  • Exutoire proche (<10 km) : l’écart CO₂ et une partie des coûts “tournées” diminuent… mais l’investissement bacs + cadence de collecte restent.
  • Participation plus faible (40 %) : les deux scénarios voient leurs coûts diminuer en valeur absolue, mais les coûts fixes par tonne de la collecte pèsent davantage.
  • Réseau de proximité mal dimensionné : si l’animation est sous-dotée, les sites se dégradent et on perd la qualité. Mieux vaut 30 sites bien suivis que 60 à l’aveugle.

Méthode “10 minutes” pour votre conseil

Remplacez les chiffres ci-dessous par les vôtres (ou demandez-nous le tableur).

  1. Tonnes captables = habitants × kg/hab/an × participation.
  2. Coût collecte = tonnes × (€/t collecte + traitement) + (bacs × €/foyer / amortissement) + com/SAV.
  3. CO₂ collecte = (km exutoire + km urbains) × facteur camion.
  4. Coût proximité = amortissement sites + animation/maintenance + structurant + com.
  5. CO₂ proximité = km utilitaires × facteur utilitaire.
  6. Décision = regardez €/t et t CO₂ évitées ; ajoutez les co-bénéfices (pédagogie, terreau évité, acceptabilité).

Points d’attention et bonnes pratiques

  • Acceptabilité citoyenne : démarrez par des sites pilotes (écoles, gymnases, quartiers engagés) + événements.
  • Qualité/odeurs : prévoyez structurant (broyat/carton), affichage clair, tournées d’animation régulières.
  • Traçabilité : même en proximité, tenez un journal de suivi (tonnages estimés, opérations, usages du compost).
  • Mix intelligent : rien n’empêche un mix : proximité pour quartiers adaptés + micro-collectes vers la plate-forme la plus proche pour zones complexes (habitat dense, gisements spécifiques).
  • Économie locale : le compost local peut réduire les achats d’amendements pour les espaces verts et valoriser les projets éducatifs (écoles, centres sociaux).

Conclusion : une décision chiffrée, pas idéologique

Dans notre cas type (15 000 hab., 540 t captées), le compostage de proximité offre :

  • Un coût annuel inférieur d’environ ~80 k€ par rapport à la collecte étendue ;
  • Un bilan CO₂ transport drastiquement plus bas (gain ~24–26 t CO₂/an) ;
  • Des co-bénéfices visibles (pédagogie, RSE locale, approvisionnement en compost vivant).

 

Adaptez les 4 variables clés (tonnes captées, km d’exutoire, coût €/t, animation) et vous avez une délibération étayée en 10 minutes.